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Colloque international "Après les traites. Penser les formes d’esclavage et de dépendance" (Nantes, 14-15 novembre 2017)

Le 12 novembre 2017 à 15h18

Colloque international ’Après les traites
Penser les formes d’esclavage et de dépendance’
Colloque en hommage à Patrick Harries
Organisé par l’Institut d’Études Avancées de Nantes

5, Allée Jacques Berque, Nantes
Mardi 14 et mercredi 15 novembre 2017



Inscription (en ligne) obligatoire (cf. en bas de la page du lien précédent).

"Une ambiguïté fondamentale affecte les débats sur l’esclavage et le travail après le milieu du XVIIIe siècle. Les abolitions successives de la traite des Africains, les interdictions de l’esclavage et la poursuite des migrations transocéaniques dans l’Atlantique et dans l’océan Indien se sont accompagnées de la formation de nouvelles catégories de travailleurs « libres », mais aussi de l’affirmation de nouvelles formes de dépendance et de travail « non libre » entre le XVIIIe et le XXe siècle.
Ces réalités s’inscrivent-elles dans une histoire longue du rapport colonial de l’Europe à ses colonies, ou assiste-t-on à l’émergence de nouvelles formes d’esclavage et de dépendance ? Ce colloque cherchera à interroger les formes de dépendance, d’esclavage et de travail « non libre » qui se déploient, voire resurgissent, en Afrique, aux Amériques et en Europe, dans des sociétés qui ont connu et pratiqué l’esclavage sur le temps long.
Le recours à l’esclavage a permis jusqu’à une période tardive de continuer à pourvoir les économies coloniales et métropolitaines en main-d’œuvre comme d’assurer une forme de stabilité au sein de ces sociétés. Mais au-delà de la question des ruptures et des continuités historiques, il nous semble important d’inscrire l’histoire longue des transferts forcés d’hommes et de femmes entre les différents espaces du continent africain et d’Afrique vers l’Europe et les Amériques dans les nouvelles représentations et les nouveaux discours qui s’affirment après les abolitions des traites des Noirs. Des nouveaux discours qui concernent autant le rapport au travail et les représentations du travail, que le statut des « nouveaux » travailleurs (domestiques, serviteurs, apprentis, employés, engagés, libérés, etc.), ou encore la « race » en tant que construction biologique mais aussi, et davantage, en tant que construction sociale qui prédétermine les statuts individuels, les rapports sociaux, économiques et juridiques entre maîtres/patrons/engagistes et apprentis/employés/engagés… Il s’agit donc de réfléchir à des pratiques réelles d’esclavage, ou assimilables à l’esclavage, que ce soit sous l’angle économique, juridique ou social, tout en interrogeant le rapport individuel ou collectif au travail et les mutations que connaît le travail dans les économies post-abolitionnistes.

Cinq grands questionnements seront privilégiés lors de ces deux journées :
1- Le travail contraint/ le travail libre : si avec les interdictions de la traite et les abolitions de l’esclavage, le travail devient théoriquement libre, qu’en fut-il réellement ? à quelles professions, quels salaires peuvent prétendre et accéder les anciens esclaves, leurs descendants ou les nouveaux arrivants du continent africain ? comment se (re)créent et/ou s’entretiennent des liens de dépendance entre « employeurs » et « employés » ?
2- Les formes juridiques qui accompagnèrent la suppression de la traite et de l’esclavage : de quels outils les sociétés / États usent-ils pour encadrer à la fois le travail et les travailleurs ? Quel fut l’impact des expériences africaines ou caribéennes dans la législation abolitionniste ? Comment les acteurs au plus près du terrain ont pu agir en faveur d’une évolution du droit du travail ? L’analyse des contrats de travail, de la mise en place de la législation sur le travail sera au cœur de cet axe.
3- Les pratiques sociales et culturelles : au-delà de leur statut de travailleurs, quelles sont les marges de manœuvres des populations issues de l’esclavage ? de quelles manières peuvent-elles s’insérer dans les sociétés ? Les mariages, les unions et les relations intimes (choix des conjoints, pratique de l’illégitimité ou non, formes des cérémonies) ou les pratiques culturelles seront analysés afin d’évaluer de quelle manière la « race » et le statut de « travailleur contraint » infléchissent les trajectoires.
4- Les migrations de travail : les courants migratoires de travailleurs libres et non libres qui traversent l’Atlantique et l’océan Indien après 1761, date de la première abolition de la traite des Africains par le Portugal, s’inscrivent-ils dans la continuité des flux de la traite de captifs africains ? Les acteurs sont-ils les mêmes ? Les conditions faites aux migrants sont-elles comparables ?
5- Les mutations des discours sur le travail après les abolitions : les discours n’ont pas été monolithiques et ne sont pas restés figés. Comment les mutations du travail et de ses représentations s’inscrivent-elles dans l’évolution des économies et des sociétés africaines, américaines et européennes ? Comment relier la valeur d’émancipation du travail et l’instrument d’asservissement qu’il demeure ?

Ces pistes ne sont pas exhaustives, nous considérerons avec le plus grand intérêt des propositions portant sur d’autres contextes géographiques, chronologiques et sur des aspects plus théoriques qui pourraient enrichir la réflexion transdisciplinaire.



Organisé à l’Institut d’études avancées de Nantes, et s’insérant dans un cycle d’activités scientifiques programmées dans le cadre des programmes de recherche STARACO (STAtuts, RAce et Couleurs dans l’Atlantique) et PRALT (PRAtiques de l’ALtérité), ce colloque se veut un hommage à la mémoire de Patrick Harries. Historien spécialiste du travail, de l’esclavage et des formes de dépendance en Afrique, Patrick Harries est brutalement décédé en 2016. Il travaillait depuis de nombreuses années sur les esclaves et descendants d’esclaves originaires du Mozambique au Cap et en parallèle sur la nature de la traite négrière dans l’océan Indien dont il était l’un des plus grands spécialistes.

COMITÉ SCIENTIFIQUE ET ORGANISATEUR
António DE ALMEIDA MENDES (Université de Nantes, STARACO, CIRESC, en résidence à l’IEA de Nantes)
Céline FLORY (UMR 8168 - Mondes Américains)
Aanor LE MOUËL (Université de Nantes, STARACO)
Aspasia NANAKI (IEA de Nantes)
Violaine TISSEAU (IMAF, CNRS)

PARTENAIRES
PRALT (PRAtiques de l’ALTérité) : programme de recherche pluriannuel Casa de Velázquez (Madrid), Château des Ducs de Bretagne (Nantes), Institut d’Études Avancées (Nantes) et Université de Nantes.
STARACO (STAtuts, RAce et COuleurs dans l’Atlantique) : programme de recherche financé par la Région Pays de la Loire, Nantes (www.staraco.org)
Mondes Américains - CERMA : Centre de Recherches sur les Mondes Américains

Source de l’information :
https://www.iea-nantes.fr/fr/actualites/colloque-apres-les-traites-en-hommage-a-patrick-harries_764
Via la lettre d’information de l’Imaf : http://imaf.cnrs.fr/spip.php?article2290