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Vient de paraître le dossier "Le port de Honfleur. De l’émergence aux conflits contemporains" dans la revue des Annales de Normandie

Le 25 juillet 2018 à 17h46

Vient de paraître le dossier "Le port de Honfleur. De l’émergence aux conflits contemporains" dans la revue des Annales de Normandie, 1e semestre 2018 (68e année), 212 p. ISBN : 9782902239399 Prix : 20 €.
(35 € pour l’abonnement annuel, 15 € pour les étudiants) : à commander à l’adresse suivante : annalesdenormandie@gmail.com
La revue Annales de Normandie est disponible de manière électronique sur Cairn.info.


Ce dossier correspond aux actes de la Journée d’étude du PEMAR (Pôle Espaces MARitimes, sociétés littorales et interfaces portuaires) ’Le port de Honfleur - De l’émergence aux défis de l’ère industrielle’ (Honfleur, Mercredi 7 juin 2017), dirigée par Éric Saunier.

"Il est rare de voir une revue choisir une ville comme sujet d’un numéro thématique, tout du moins dans le champ de l’histoire. La difficulté longtemps éprouvée par les historiens de trouver une voie distinguant véritablement l’étude des sociétés urbaines de l’histoire sociale générale en est la raison principale. Cependant, l’évolution de l’histoire urbaine se caractérise depuis trente ans par un renouveau historiographique qui, par deux de ses aspects, incitaient à faire ce choix s’agissant d’une ville portuaire maritime comme Honfleur.
Le premier aspect, particulièrement observable depuis la publication de l’étude pionnière de François-Joseph Ruggiu, est l’attention croissante que portent les chercheurs à l’étude des « villes moyennes ». En s’intéressant à ce port peuplé de moins de 10 000 habitants au début du xixe siècle, les Annales de Normandie prolongent ainsi un chantier qui a été non seulement récemment investi par les chercheurs qui s’intéressent aux villes portuaires de la côte atlantique mais aussi par des historiens normands ayant présenté les résultats de leurs travaux dans des numéros antérieurs de cette revue.
Toutefois, plus que dans l’attrait de l’historiographie pour l’étude des villes moyennes, l’intérêt du cas de Honfleur réside surtout dans la possibilité de nourrir la réflexion sur la « ville maritime » qui a été développée depuis la fin des années 1980. Érigée en modèle, la « ville maritime » est jugée porteuse d’une singularité qui s’exprime, d’une part, dans la primauté qu’y exercent les fonctions de direction et d’organisation des échanges et, d’autre part, dans la complexification sociétale croissante qui accompagne son développement économique, notamment à partir de l’époque moderne. Dans le cadre d’un regard critique porté sur ce modèle urbain, Honfleur permet même une réflexion sur la notion connexe mais plus précise de « ville atlantique ». On sait en effet que l’historiographie française développe depuis vingt ans un travail de réflexion conceptuelle important sur la particularité prêtée aux villes de la façade atlantique, une particularité qui résiderait dans la présence d’une élite négociante disposant d’un réseau international inégalé, d’un urbanisme marqué par la précocité de l’affirmation des quartiers maritimes, d’une forte propension à s’ouvrir aux étrangers et à voir émerger des troubles sociaux. En raison de sa position géographique, Honfleur peut donc être le prisme pour une étude de « global microhistory » caractéristique des études atlantiques permettant de mesurer la pertinence de cette proposition.
C’est cette perspective qui est d’ailleurs au centre de ce numéro qui fait suite à la journée d’études organisée le 7 juin 2017 à la médiathèque de Honfleur, à l’initiative des membres du pôle maritime (PEMAR) de la Maison de la Recherche en Sciences Humaines de l’université de Caen Normandie, et dans le cadre du travail préparatoire du programme de recherche Normonde que soutient la région Normandie depuis la fin 2017. Parce que Normonde et les axes de recherche de PEMAR ont respectivement pour thèmes d’études principaux les échanges entre la Normandie et le monde colonial et l’analyse de la structuration et de l’influence des échanges maritimes, la moitié des textes de ce dossier honfleurais est destinée à mettre en évidence la dynamique provoquée par l’intégration du port de Honfleur dans les circuits maritimes atlantiques. Néanmoins, il était nécessaire de commencer ce volume par des contributions présentant l’émergence du port et l’affirmation du pouvoir royal, conditions nécessaires pour que Honfleur tienne un rôle de premier plan dans les entreprises d’exploration et dans le développement des échanges commerciaux atlantiques. De l’étude portant sur l’émergence du port de Honfleur entre le xie et le xiiie siècle replacée dans l’espace géographique de la rive gauche de l’embouchure de la Seine en aval de Quillebeuf (Laurence Jean-Marie), on retiendra autant que l’affirmation du pouvoir des seigneurs de cette ville (les Bertran), le caractère originellement modeste de l’activité d’un port dont seuls quelques bateaux contribuèrent à la flotte engagée lors de la bataille de l’Écluse au début de la guerre de Cent Ans (1340). Cette guerre joua cependant un rôle décisif dans l’affirmation précoce de Honfleur comme port d’exploration et de commerce de rang international en raison de la mainmise exercée durant cette période par le pouvoir royal. C’est en effet peu après la fin du conflit lors duquel elle en fit la clé de garde du royaume (Nathalie Pallu de La Barrière) que Honfleur, comme le montre l’expédition organisée dès 1483 par Georges Bissipat dit le Grec, devient le point de départ pour l’exploration des îles de l’Atlantique sud (Christophe Maneuvrier), puis un port d’importance pour la construction navale, activité dans laquelle les Honfleurais surent faire preuve d’esprit d’innovation, notamment au début du xviie siècle (Michel Daeffler). Cette évolution allait leur permettre de participer activement au développement de la pêche vers les bancs de Terre-Neuve et la côte du Canada qui fut à la fois une aventure incertaine et une source d’apports financiers considérables (André Zysberg). Ce sont aussi l’esprit d’initiative et l’enrichissement provoqués par la dynamique atlantique qui poussent les Honfleurais à investir d’autres horizons à partir du xviie siècle. Sans que la pêche morutière soit abandonnée, le port de Honfleur participe en effet activement au commerce antillais, en droiture et pour la traite négrière. Dans la perspective du développement de « l’odieux commerce », le voyage de la Mine, étudié au moment où la traite normande atteint son paroxysme (Paul Maneuvrier-Hervieu) montre, outre l’intérêt de sensibiliser les chercheurs aux apports de sources encore insuffisamment exploitées (les journaux de bord), que Honfleur, qui parvint à se hisser au 5e rang des ports de traite français à la veille de la Révolution, est un port négrier de plein exercice où armateurs et capitaines géreurs mettent en place des stratégies personnelles en fonction de leurs propres intérêts.
Port important pour le commerce colonial et où la pêche morutière lointaine gardait de solides positions, Honfleur avait vu ainsi le commerce atlantique devenir le moteur de sa dynamique économique. Il était donc légitime de regarder, la Révolution arrivant, les conséquences de cette évolution sur le plan de la vie politique. C’est ce que fait Michel Biard en analysant les registres de la société populaire de Honfleur. Il montre la forte influence de la parole des officiers de marine et des négociants dans la société, de même que la capacité des pêches et du commerce à accaparer l’esprit des Jacobins de la ville qui, à partir de 1793, s’inquiètent aussi de la guerre avec l’Angleterre. Si cette crainte semble s’être atténuée à partir du xixe siècle, l’influence de la fonction maritime internationale de Honfleur demeure et continue même à irriguer le champ du politique. Honfleur fut est en effet une place portuaire pour le trafic d’armes destiné aux républicains durant la guerre d’Espagne (Pierre Salmon). En restituant cette page d’histoire méconnue, le dernier texte de ce dossier témoigne du fait que, cinq siècles après avoir été l’un des premiers ports d’où partaient les expéditions destinées à mettre fin au monopole du Portugal dans le commerce en Afrique, Honfleur, qui était devenu un port de refuge de l’illégalité, restait une ville importante méritant l’attention des chercheurs." (Éric Saunier)



Nous tenons à saluer chaleureusement Christophe Maneuvrier (https://twitter.com/Maneuvre) pour le signalement de ce numéro de la revue Annales de Normandie (https://twitter.com/AnnalesNdie) (https://www.facebook.com/pg/annalesdenormandie2/) et pour nous avoir communiqué la table des matières de ce numéro.