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Appel à contribution pour la rédaction d’un ouvrage sur l’histoire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD)

Le 12 mai 2021 à 20h22

Appel à contribution
pour la rédaction d’un ouvrage
sur l’histoire de l’Université Cheikh Anta Diop
de Dakar (UCAD)

Organisé par le Département d’histoire
de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines
de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar



Dépôt des résumés d’article jusqu’au 15 mai 2021



Porteurs du projet
Abdoulaye Diallo, enseignant-chercheur en histoire contemporaine
Daouda Diop, enseignant-chercheur en histoire économique et sociale
Salouma Doucouré, enseignant-chercheur en Égyptologie et en linguistique
Mouhamadou Moustapha Sow, enseignant-chercheur en histoire politique contemporaine
Abdou Karim Tandjigora, enseignant-chercheur en histoire économique et sociale
Awa Yombé Yade, enseignante-chercheuse en histoire contemporaine

Argumentaire

La création de l’École de Médecine en 1918 puis de l’Institut des Hautes Études en 1950 constitue les premiers jalons de l’organisation d’un système d’enseignement supérieur moderne en Afrique noire française. Sous l’impulsion du pouvoir colonial et de l’action transformatrice du mouvement de décolonisation, avec notamment le concours de ses élites politiques, l’Université de Dakar est créée par décret n°57-240 du 24 février 1957. Dans l’exposé des motifs dudit décret, il est écrit : « L’Université de Dakar sera la première université constituée dans les territoires d’outre-mer et symbolisera la volonté de la France de porter au niveau le plus élevé l’éducation culturelle et l’instruction professionnelle des peuples de l’Union française ».
Dès sa création, l’Université de Dakar s’est présentée ainsi comme l’instrument par excellence de formation des élites et comme espace de production de connaissances scientifiques. Elle se développe et diversifie ses branches de connaissance et lance progressivement un réseau d’écoles et d’instituts dont l’Institut Français d’Afrique Noire (IFAN), créé dès 1936, symbolise à la fois sa pertinence scientifique et son utilité sociale.
Toutefois, le projet assimilationniste ayant présidé à sa naissance limite la volonté transformatrice et de rupture affichée par les nouvelles élites dirigeantes de l’État sénégalais. En raison de son rôle stratégique et culturel, l’Université de Dakar continua à être placée sous la tutelle de l’Académie de Bordeaux et dotée d’un budget de l’État français. Elle échappa ainsi aux accords de coopération signés dans le cadre du transfert de pouvoir entre la France et le Sénégal. Elle apparaissait in fine comme le chainon-manquant d’une entreprise de décolonisation menée par la France au Sénégal. Les élites dirigeantes n’apportèrent pas les changements attendus par la minorité intellectuelle progressiste laquelle aspire à une rupture avec l’ancienne métropole.
La révolte estudiantine de mai 68 inspirée par une vision onirique débouche sur une série de réformes de l’institution universitaire avec un accent particulier sur l’africanisation du personnel et des programmes d’enseignement. Si mai 68 a contribué à favoriser le pluralisme politique et l’expression des libertés syndicales, il a aussi fortement inspiré dans les années 1980 et 1990 les acteurs des mouvements d’enseignants-chercheurs et d’étudiants confrontés aux conséquences sévères des politiques d’ajustement structurel imposées par les institutions de Breton Woods. Le chômage des jeunes et ses effets connexes mirent à mal les fondements de l’Université.

Ses missions classiques d’enseignement et de recherche sont dévoyées et limitées par l’accroissement rapide de la population estudiantine et le déficit des infrastructures d’accueil. Les réformes découlant des Concertations nationales de 1994 puis de 2013 initiées respectivement par la Banque mondiale1 et le gouvernement du Sénégal n’ont pas jugulé la crise endémique de l’enseignement supérieur. En dépit du volontarisme affiché des autorités gouvernementales, l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar peine encore à répondre aux défis contemporains et à satisfaire une demande en éducation et en formation de plus en plus importante et exigeante. Il s’agit d’une crise systémique qui invite à réinterroger l’histoire de l’UCAD à l’aune de ces nouveaux défis et de l’héritage colonial et négro-africain dont elle est censée être l’unique dépositaire.
Dès lors ne sommes-nous pas fondés à poser la question suivante : quelle université avons-nous héritée de l’École de Médecine de Dakar, un siècle après la création de celle-ci ?
La célébration du centenaire de la création de l’école de Médecine de Dakar (ancêtre de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar) et l’organisation de la cérémonie du « Home Coming » ou retour des anciens à l’UCAD ont été des moments intenses pour revisiter la saga glorieuse et tumultueuse de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Les festivités ont été l’occasion de dévoiler à travers des documents, des expositions, des tableaux et des témoignages la longue marche de l’Université Cheikh Anta Diop.
Trois ans après, le présent projet d’ouvrage consacré à l’histoire de cette institution saisit le prétexte de la célébration et des défis structurels et conjoncturels auxquels elle fait face pour justifier le regard critique d’historiens, de chercheurs et d’analystes sur la longue marche de la plus réputée des universités africaines francophones.

Il s’agira de :
- retracer l’histoire de l’institution, de ses divers acteurs depuis sa création ;
- analyser les mécanismes de fonctionnement, de résilience de l’institution ;
- repenser les traditions scientifiques, intellectuelles et sportives ;
- revisiter le patrimoine culturel et environnemental.

Des travaux de haute qualité ont été consacrés à l’enseignement supérieur au Sénégal dont l’évolution historique se confond en bonne partie avec celle de l’Université de Dakar. En effet, quelques études – produites par ses propres acteurs – retiennent particulièrement notre attention. Il s’agit notamment des travaux réalisés dans les années 1990 et 2000 par le Conseil pour le Développement de la Recherche en Sciences sociales en Afrique (CODESRIA)2 et par les historiens de Dakar – Abdoulaye Bathily3, Ibrahima Thioub4, Mamadou Diouf5, Omar Guèye6 entre autres – qui ont fait la part belle à la naissance et à l’évolution du mouvement étudiant. L’intérêt discursif accordé au syndicalisme étudiant se justifie à la fois pour son rôle dans le processus de réforme de l’institution universitaire et sa contribution qualitative aux luttes pour le pluralisme politique et l’expression des libertés au Sénégal7.
S’inscrivant dans une perspective sociologique, Moustapha Tamba8 a analysé l’évolution du Syndicat Autonome de l’Enseignement Supérieur (SAES). Lamine Ndiaye9, quant à lui, aborde la question « ucadienne » en proposant des pistes de réflexion pour une université performante. L’ancien recteur Abdou Salam Sall10, dans une posture décalée, dresse un tableau synoptique des mutations de l’enseignement supérieur de ces vingt dernières années.
Ce bref tour d’horizon de la littérature montre cependant qu’en dehors de l’étude documentée d’André Bailleul sur l’Université de Dakar en 196611, il n’existe, à notre connaissance, aucune synthèse spécialement consacrée à l’histoire de la première université francophone d’Afrique de l’ouest. C’est toute l’ambition du présent projet qui explore de nouvelles pistes de recherche relatives à l’histoire intellectuelle, environnementale et sportive jusque-là négligées dans la littérature scientifique sur l’Université.
Par ailleurs, ce projet scientifique sur l’UCAD répond au désir de mieux connaître l’institution et les crises cycliques qui la traversent. Pour ce faire, nous nous inscrivons dans une approche méthodologique transversale faisant appel aux sciences humaines et sociales. Il s’agit pour les contributeurs d’apporter un éclairage sur les problématiques soulevées, à partir d’une perspective historique nourrie des riches et fécondantes contributions de la sociologie, de la philosophie, de l’économie, de l’anthropologie, de la linguistique, du droit…
En termes de périodisation, l’année 1918 marquant la naissance de l’école de Médecine de Dakar ne constituera pas un horizon indépassable dans la rédaction de cet ouvrage. Au contraire, nous invitons les auteurs à ne pas se fier aux séquences toutes faites ou à la « clôture des périodes », mais, si possible, à faire intervenir de nouvelles délimitations, pourvu que celles-ci soient pertinentes et qu’elles soient susceptibles d’élargir le champ des interprétations, en permettant l’identification des continuités et des ruptures inédites. En définitive, il s’agit de repousser autant que possible les frontières temporelles en vue de réduire les limites de la connaissance sur l’objet et sur tout le passé intellectuel (de l’Égypte pharaonique, Tombouctou, Pire, etc.) dont l’UCAD est probablement l’héritière.


1 Bianchini P., « L’Université de Dakar sous "ajustement" La banque mondiale face aux acteurs de la crise de l’enseignement supérieur au Sénégal dans les années quatre-vingt-dix », in Yann Lebeau, Mobolaji Ogunsanya (dir.), The Dilemma of Post-Colonial Universities IFRA-Nigeria, 2000
2 Plusieurs auteurs ont collaboré dans le cadre de cette publication du Codesria sur les Libertés académiques en Afrique.
3 Bathily A., Mai 68 à Dakar ou la révolte universitaire et la démocratie. Le Sénégal cinquante après, Dakar, L’Harmattan Sénégal, deuxième édition revue et augmentée, 2018.
4 Thioub I., « Le mouvement étudiant de Dakar et la vie politique sénégalaise : la marche vers la crise de mai-juin 1968 » in d’Almeida-Topor H, Coquery-Vidrovictch C., Goerg O. (éds), Les Jeunes en Afrique. La politique et la ville, Paris, L’Harmattan, 1992, vol.2 : 267-281.
5 Bathily, A., Diouf M., Mbodji M., « Le mouvement étudiant sénégalais des origines à 1989 », Topor, Goerg, Vidrovitch, Gutard F (éds), Les Jeunes en Afrique. La politique et la ville, Paris, L’Harmattan, Tome 2, 1992.
6 Guèye O., Mai 68 au Sénégal. Senghor face aux étudiants et au mouvement syndical, Paris, Karthala, 2017.
7 On peut se référer utilement aux travaux de Pascal Bianchini (2021) : « 1968 au Sénégal : un héritage politique en perspective », Canadian Journal of African Studies / Revue canadienne des études africaines https://www.tandfonline.com/eprint/ZSFX2RMDNDHHC2NKZYMI/full?target=10.1080/00083968.2020.1841662 et de Momar Coumba Diop, « Le syndicalisme étudiant : pluralisme et revendications », in Momar-Coumba Diop (éd.), Sénégal. Trajectoires d’un État Dakar / Codesria, 1992 : 431-477 © Codesria – ISBN 2-6978-011-7
8 Tamba M. Dynamique syndicale dans l’Enseignement supérieur au Sénégal, Dakar, L’Harmattan, 2018.
9 Ndiaye L., Pour l’émergence d’une université performante au service d’un développement durable. De
quelques éléments de réponse aux défis de l’UCAD (et de quelques universités sénégalaises
, Dakar,
L’Harmattan, 2020.
10 Sall A. S,. Les mutations de l’enseignement supérieur en Afrique : le cas de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD), Dakar, L’Harmattan Sénégal, 2012.
11 Bailleul A., « L’Université de Dakar : institutions et fonctionnement 1950-1984 », Thèse d’État en droit, Dakar, Université de Dakar, 1966.


Modalités de soumission des articles
Les auteurs intéressés par le présent appel à contribution pour la rédaction de l’ouvrage collectif sur l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar sont invités à se conformer au calendrier de déroulement suivant :
- Du 15 mars au 15 mai : dépôt des résumés d’article (une demi-page au maximum, taille 12, interligne 1,5, police Times New Roman à l’adresse : histoireucad2022@gmail.com ; histoireucad@ucad.edu.sn
- Du 15 mai au 30 juin 2021 : évaluation des résumés et notification des projets retenus ;
- 1er juillet au 31 décembre 2021 : envoi des articles définitifs par les auteurs retenus ;
- 1er janvier au 30 mars 2022 : première évaluation des articles ;
- 1er avril au 30 mai 2022 : deuxième évaluation et notification définitive de publication des articles aux auteurs ;
- Du 1er juin au 31 décembre 2022 : édition et publication de l’ouvrage.

NB : Les normes de rédaction et des formes typographiques des articles seront envoyées aux auteurs après sélection des résumés d’article.

Nous tenons à remercier chaleureusement Abdou Karim Tandjigora pour la transmission de cette précieuse information.