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Journée d’étude "Tristes trophées. S’approprier, exposer et restituer objets et restes humains des conquêtes coloniales (de la du fin du XIXe siècle à nos jours)" (Paris, 5 septembre 2018)
Le 5 août 2018 à 15h44
Journée d’étude "Tristes trophées/Sad trophies
S’approprier, exposer et restituer objets et restes humains
des conquêtes coloniales (de la du fin du XIXe siècle à nos jours)
Appropriating, exhibiting, and reconstituting objects and human remains
from colonial conquests (late 19th century-present day)
Paris Nanterre Université
Bâtiment Max Weber
Mercredi 5 septembre 2018
"Les grands musées européens conservent pour la plupart des traces de pratiques de collecte de restes humains et de trophées de tous ordres opérée durant la période coloniale. Le phénomène, très répandu lors des guerres de conquête coloniale et des pacifications , de constitution de butins d’objets à forte portée symbolique pour les populations locales, voire de prélèvement de têtes humaines à des fins de recherche anthropologique ou de profanation, a suscité le développement de recherches de plus en plus dynamiques. La collecte de ces objets et de ces trophées n’a pas obéi aux mêmes logiques. Certains furent avant tout des trophées de guerre, enlevés dans la violence du combat, d’autres furent négociés dans un processus moins unilatéral. Les interventions mettront en valeur cette diversité des pratiques. C’est aussi le lien entre chasse et violence coloniale, qui explique en partie certaines de ces pratiques, qui a lui aussi attiré l’attention des historiens et qui sera examiné. Cette journée d’études analysera ces collectes telles qu’elles furent pratiquées par les Empires coloniaux dans la phase la plus rapide et la plus violente de leur expansion, de la fin du XIXème siècle à la Première Guerre mondiale, en Afrique, en Asie et en Océanie. Elle mettra en valeur non seulement la prise puis la circulation de ces prises de guerre et de ces objets négociés mais aussi leur vie sociale en métropole. La question des objets ethnographiques se pose d’ailleurs de façon plus vive à mesure que certains États demandent de plus en plus distinctement le retour de certaines œuvres prises par les Européens à l’occasion d’expéditions. Les trophées coloniaux sont un héritage lourd d’enjeux de mémoire, et parfois d’oubli, comme le démontre parfois leur traitement muséologique dans les grandes institutions européennes. Cette journée vise à analyser la diversité de ces rituels au cœur de la période d’expansion de l’influence européenne et de comparer les expériences de différents Empires. Elle entamera par ailleurs une réflexion sur la question des restitutions et les enjeux liés à la mise en relief de ces formes de violence coloniale à travers le regard de spécialistes venus de différents horizons."
Most major ethnographic museums in Europe hold objects that can be traced back to the wars of conquest and “pacification” of the late 19th and early 20th centuries, during what was one of the most violent phases of European colonial expansion. The appropriation of ethnographic artifacts and human remains for the purpose of collection or desecration was a feature of colonial expansion. It has become the focus of a growing field of research. Collecting and accumulating objects took various shapes. Some were looted as war trophies in the violence of combat ; others were negotiated in complicated and often uneven hierarchical fashion. This one-day conference will underline the diversity of these processes. It will also delve on the articulations between hunting and colonial violence : a key to some of the practices under study. Not only will the presentations analyze how these objects were collected on site, they will also examine the social life of these artifacts and trophies in Europe. The lingering debate on restitutions will also be addressed. There are increasing demands for some of these human remains and artifacts to be returned. Colonial trophies and objects are a complicated legacy. Their museographic uses often echo their contrived history. The participants – coming from different disciplines – will discuss these issues from a interdisciplinary perspective."
Programme
9H – Accueil et introduction – Lancelot Arzel, Daniel Foliard
9h30-11h - Trophées ou spécimens ?
Kim Wagner (Queen Mary University of London) « But from the Skulls of the Slain » : empire, violence et collecte de restes Humains dans les Indes britanniques (communication en anglais)
En 1963, un crâne humain fut découvert sous de vieilles caisses dans un pub du Kent, dans l’Est de l’Angleterre. On trouva une brève histoire de son parcours sur un papier glissé à l’intérieur. C’était le crâne d’Alum Bheg, un Cipaye - un soldat indien de l’armée britannique des Indes - exécuté durant la répression de la mutinerie de 1857 dans les Indes britanniques. Ligoté à la bouche d’un canon, Alum Bheg avait été pulvérisé. On l’accusait d’avoir horriblement tué plusieurs civils d’origine européenne, dont des femmes et des enfants, durant les troubles survenus dans une ville de garnison, Sialkot, dans l’actuel Pakistan. Les exemples de trophées de ce type, que ce soit des crânes ou d’autres parties du corps, sont nombreux, mais le cas d’Alum Bheg est exceptionnel. C’est le seul exemple connu de crâne resté en-dehors des processus de collecte muséale et anthropologique classiques et qui n’ait en outre pas été restitué. Cette intervention vise à replacer l’histoire d’Alum Bheg et de son crâne dans un contexte plus général de violence coloniale, qu’il faut considérer en lien, en particulier, avec les rituels d’exécutions publiques et les pratiques contemporaines de collectes de restes humains. La brutalité qui fut à l’origine de la circulation du crâne d’Alum Bheg, et qui était explicitement décrite dans la courte histoire jointe au reste humain, est révélatrice de la violence implicitement liée aux pratiques phrénologiques et anthropométriques du 19ème siècle. Le cas d’Alum Bheg - la collecte de sa tête et la conservation de son crâne – n’est pas isolé. Il est plus qu’un corps ennemi singulier. La « construction » du crâne d’Alum Bheg fut d’une certaine manière la continuation de la punition et de l’exécution qu’on lui appliqua. En ce sens, son histoire s’entremêle inexorablement avec les formes et les objectifs de la violence coloniale pratiquée dans l’empire britannique.
Leonor Faber-Jonker (African Studies Centre Leiden) Spécimens anthropologiques ou trophées de guerre ? La collecte de crânes pendant le génocide Herero et Nama (1904-1908) (communication en anglais)
En septembre 2011, vingt crânes originaires de Namibie furent rapatriés par l’Hôpital universitaire de la Charité de Berlin. Ces restes humains étaient restés plus d’un siècle en Allemagne. Ils avaient été prélevés sur des victimes de la guerre menées par les troupes allemandes contre les Herero et les Nama. Ce génocide coûta la vie à près de quatre-vingt pour cent de la population Herero et à la moitié de la population Nama. La majorité de ces crânes arrivèrent à Berlin sous la forme de têtes préservées chimiquement. Toutes servirent à des fins scientifiques dans les premières décennies du vingtième siècle.
Cette intervention démontre que ces restes humains furent collectés à la fois comme des trophées et des spécimens anthropologiques. Elle débute par l’analyse d’une carte postale qui montre des soldats en train d’emballer des crânes. Cette image constitue un point d’entrée dans l’étude du rapport que les troupes impliquées dans la collecte entretenaient avec ces restes humains. Hantés par les rumeurs des traitements atroces supposément infligés par les Herero (on disait qu’ils mutilaient les soldats allemands) et plongés dans une guérilla confuse avec les Nama, ces militaires étaient habités d’un intense esprit de revanche. Cette intervention explore les parallèles entre ces pratiques et la collecte des « trophées cafres » par les Britanniques pendant les guerres xhosa. Dans les deux conflits, la conduite des troupes semble avoir été déterminée par des sentiments similaires de peur face à un terrain ennemi des adversaires inconnus.
Les conceptions de l’ennemi développées sur place par les troupes allemandes influencèrent les travaux des scientifiques qui travaillèrent sur ces restes humains. Ces têtes/crânes restèrent, inéluctablement, des trophées. Le statut qui fut le leur dans le passé a d’ailleurs des conséquences très actuelles. Ce travail montre dans un deuxième temps comment le fait que ces restes aient été des trophées a pu jouer un rôle dans le processus de rapatriement en 2011. Car c’est aussi parce que ces crânes ont été des trophées qu’ils constituent des preuves éminentes du génocide.
Cette intervention examine les archives de l’Hôpital universitaire de la Charité de Berlin de manière critique, en particulier les rapports de recherche. Elle s’appuie aussi sur d’autres documents qui traitent des restes Herero et Nama, plus récents et conservés dans d’autres fonds en Allemagne. La perspective raciste ouvertement exprimée par les scientifiques de l’époque face à des têtes qui sont, en partie, des spécimens anthropologiques, a été bien documentée et analysée par la recherche récente. Reste à trouver des voies d’analyse pour comprendre le pendant émotionnel de cette relation à des crânes qui sont aussi perçus comme des trophées, par des vainqueurs.
Gidena Mesfin Kebede (Université technique de Berlin, départment d’histoire de l’art, Translocations Project) Les restes d’un jeune prince éthiopien kidnappé et la question de leur rapatriement (Communication en anglais)
En 1868, un conflit diplomatique entre la Grande-Bretagne victorienne et l’empereur Tewodros II (1855-1868) d’Éthiopie, alors appelée Abyssinie, dégénère en une expédition punitive. Une armée venue des Indes britanniques atteint Aroge, non loin de la capitale de Tewodros II, le 10 avril 1868. L‘infanterie britannique y affronte avec des armes modernes des troupes abyssiniennes équipées d‘armes traditionnelles : machettes, lances et boucliers. L’asymétrie du combat est telle que cet événement tient plus du massacre que de la bataille pour les historiens de cette campagne. Trois jours plus tard, l’armée britannique se met en marche contre Magdala, où se trouvent la forteresse et le palais impérial. Tewodros II se suicide pour éviter l’humiliation de la capture. La chute de la place forte est suivie d’une phase de pillage. Le butin accumulé est tel que deux cent mules et quinze éléphants sont nécessaires pour le transporter vers la côte. Ces prises de guerre comprennent plus de mille livres manuscrits dont de nombreux ouvrages enluminés, une couronne et un calice en or, de nombreux objets en argent et en bronze ainsi que des reliques sacrées. Après avoir libéré les otages européens qui avaient été le prétexte de l’expédition, les troupes britanniques emmènent avec eux la veuve de Tewodros II, la Princesse Terunesh, et son fils de sept ans, le Prince Alemayehu. Commence alors un long voyage vers l’Angleterre. La princesse meurt en route à Tigray, dans le nord de l’Éthiopie. L’enfant, une fois à Londres, devient le protégé de la Reine Victoria. Il décède tragiquement à dix-huit ans. Il est enterré dans la chapelle Saint-Georges du château de Windsor. Dès 1871, des demandes de restitutions des objets pillés se font jour. Elles vont se multiplier au fil des décennies. L’Éthiopie réclame en outre le retour de la dépouille d’Alemayehu. La dernière demande officielle date de 2007. Girma Woldegiorgis, le président de l’Éthiopie à l’époque, rédige alors une lettre officielle à cette fin. Dans cette intervention, j’examinerai le contexte historique de ces circulations, les demandes de restitution et les débats actuels sur le retour des restes du Prince Alemayehu.
11h-11h30 Pause
11h30-12h30 – Médiatisations et controverses
Paul Bijl (Utrecht University) La photographie d’atrocités coloniales dans les Indes néerlandaises : du trophée à l’oubli de réserve (communication en anglais)
Cette intervention revient sur la biographie sociale d’un type de trophée collecté durant les guerres coloniales au tournant du vingtième siècle : les photographies célébrant la prise de villages indonésiens où l’armée hollandaise venait de commettre des atrocités de masse. Prises dans le but de montrer que les troupes avaient fait leur travail, ces clichés furent immédiatement matière à une polémique aux Pays-Bas où ils devinrent des objets très problématiques, aux yeux d’une partie de la population tout du moins. De nouvelles grilles d’interprétation étaient alors en train d’émerger, en particulier en ce qui concernait la nature de la mission civilisatrice européenne. Au long des vingtième et vingt-et-unième siècles, ces photographies ont régulièrement refait surface, d’une part comme bases d’une critique du passé colonial des Pays-Bas et, d’autre part, à l’instar d’autres reflets des atrocités coloniales pris comme des traces d’une histoire oubliée, comme les illustrations paradoxales d’un récit promouvant une forme d’innocence.
Daniel Foliard (Paris Ouest Nanterre), La tête de Rabah et le crâne du Mahdi : histoires croisées de trophées coloniaux français et britanniques
Rabah, l’une des figures de la résistance militaire à l’expansion française en Afrique est battu à la bataille de Kousséri en avril 1900. Sa tête décapitée est exposée pendant plusieurs jours aux abords du campement français après avoir été photographiée. Elle est ramenée par la suite à Paris où sa trace s’est perdue aujourd’hui mais qui fut étudiée au début du vingtième siècle comme spécimen anthropologique. Un an et demi plus tôt, ce sont les Britanniques qui défont leurs principaux ennemis dans la région du Nil, les Mahdistes, à la bataille d’Omdurman en septembre 1898. La tombe de Muhammad Ahmad est détruite par les troupes britanniques après la victoire, les ossements du fondateur de l’État mahdiste sont jetés dans le fleuve et son crâne, que Kitchener pense un temps envoyer à Londres, est finalement enterré dans une oasis égyptienne sous la pression de l’opinion publique naissante en métropole. La controverse agite en effet jusqu’au Parlement et le projet de donner le crâne du Mahdi au Royal College of Surgeons est abandonné. Durant la campagne militaire, la collecte de restes humains et d’artefacts s’inscrit dans une dynamique unique. Elle participe de rituels de victoire qui n’ont rien d’exceptionnel aux yeux des soldats français et britanniques engagés dans les combats sur place.
Puis, dans les deux cas, les vainqueurs rapportent sabres, drapeaux et objets pris à l’ennemi. Ce déplacement favorise les réinterprétations de la raison d’être de ces objets. Parfois même, comme le montre le destin du crâne du Mahdi, ce qui paraissait jusque-là acceptable cesse de l’être. Une fois déplacés dans les métropoles, un autre sens est en effet donné à certains de ces trophées. Ils deviennent des objets ethnographiques ou des spécimens anthropologiques. La part de violence guerrière qui les produit est en partie effacée. D’autres, au contraire, sont utilisés dans des mises en scène qui célèbrent les victoires britanniques et françaises dans ces guerres au loin. Cette intervention examinera les croisements entre les utilisations sélectives des trophées collectés pendant la campagne du Soudan (1898) et la fin de la campagne française contre Rabah (1900). La grande proximité entre les deux processus, et leurs différences, sera au cœur d’une analyse qui mettra en valeur le fonctionnement du co-impérialisme franco-britannique en matière de propagande, ainsi que les circulations entre les deux Empires en matière de pratiques guerrières.
12h30-14h00 – Pause
14h-15h – L’exemple du Congo
Maarten Couttenier - Royal Museum for Central Africa, De deux trophées du Congo en Belgique : objectifications craniologiques et ethnographiques
À travers l’étude de deux « objets » conservés au Musée royal de l’Afrique centrale (MRAC) et l’Université libre de Bruxelles (ULB), cette intervention explorera les thématiques croisées des butins réalisés au cours d’opérations militaires, de la mise en place du pouvoir colonial, des représentations, de l’expertise locale et des restitutions. Le premier objet est aujourd’hui conservé au sein du fonds ethnographique du MRAC sous la cote EO.0.0.7943. Il s’agit statue composite qui fut « collectée » par Alexandre Delcommune après une campagne dans la région de Boma en 1878, quelques mois après la naissance du Comité d’Etudes du Haut-Congo. Alors que les demandes de restitutions furent immédiates, Delcommune refusa de rendre l’objet sous prétexte qu’il faisait partie d’un « butin » légitime. Ce Nkisi –un type d’objet magique- fut envoyé en Belgique par bateau et montré dans des expositions en Europe et aux Etats-Unis. Le détail de l’histoire de ses déplacements révèle la permanence des demandes de restitution comme l’auteur a pu le constater lors d’une visite à Boma en 2016. Le deuxième « objet » est un crâne conservé à la Faculté de Médecine de l’ULB. L’auteur a localisé ce crâne il y a quinze ans et s’est rapidement rendu compte qu’il avait fait partie de la collection de la Société d’Anthropologie de Bruxelles créée en 1882. L’examen des papiers de Charles Lemaire des années plus tard a permis d’établir les circonstances troubles qui entourent l’acquisition de ce crâne. A travers l’histoire de ces deux objets, cette intervention explorera ainsi la question de la restitution des artefacts et des restes humains, un sujet encore largement ignoré en Belgique.
Lancelot Arzel (Centre d’Histoire de Sciences Po) Les trophées humains de la conquête. Découpe des corps, mise en trophée et guerres coloniales dans l’État indépendant du Congo (fin XIXe siècle-début XXe siècle)
À la fin du XIXe siècle, les « mains coupées » par les soldats de l’armée de conquête du roi Léopold II, au Congo, créent une onde de choc dans les imaginaires européens : jamais ramenées en métropole, elles illustrent à distance et aux yeux de nombreux observateurs, l’intensité des violences pratiquées contre les populations civiles de la région de l’Équateur par les hommes de la conquête – militaires européens et warlords africains. Cette communication examine de plus près la découpe des corps lors des très longues guerres de conquête coloniale qui marquèrent cet État indépendant du Congo (ÉIC) des années 1880 aux années 1910. Car il ne s’agissait pas que de mains : la découpe des corps concerna aussi bien les têtes, les parties sexuelles que d’autres éléments des corps morts.
Dans un premier temps, nous éclairerons les modalités de ces découpes, aussi bien les contextes guerriers, les acteurs que les phases de la conquête. Puis, nous analyserons la mise en trophée de ces restes humains dans les postes coloniaux ou auprès des populations civiles. Il s’agira de mettre en évidence les multiples logiques à l’œuvre, qu’elles relèvent de facteurs logistiques et militaires ou de raisons sociopolitiques et anthropologiques. Dans cette « rencontre » que constitue la conquête, nous verrons ainsi à quel point les pratiques combattantes des soldats coloniaux s’appuient puis modifient les pratiques autochtones. Dans un dernier point, tel un angle mort de la découpe des corps, nous verrons que ces trophées humains ont finalement peu circulé entre le Congo et le reste du monde, à la différence d’autres colonies : la grande campagne anticongolaise menée dès le début du XXe siècle contre l’administration de Léopold II mais aussi les écarts de sensibilités existant entre les hommes de la conquête et les sociétés européennes expliquent, en partie, cette absence de circulation des trophées vers les métropoles. Leur seule présence sera iconographique.
Pour mener à bien cette communication, nous nous appuierons sur les témoignages rapportés par les militaires européens en charge de la conquête comme par des observateurs civils, sur les archives de la Commission d’Enquête de 1904-1905 mais aussi sur les photographies en circulation de ces « atrocités » comme sur les sources orales locales collectées une fois la conquête terminée.
15h-15h30 – Pause
15h00-16h30 – Le sens des « objets » : Regards croisés sur les circulations
Christelle Patin (Centre Alexandre-Koyré) Le traitement ordinaire ou extraordinaire des restes humains patrimonialisés - Le cas des têtes de chefs kanak.
À partir de la reconstitution précise du traitement post-mortem des têtes de chefs kanak de l’insurrection de 1878, de leur récolte, étude, exposition à leur patrimonialisation actuelle, nous tenterons de cerner les éventuelles spécificités de leur parcours et mise en récit au sein de la destinée ordinaire des autres spécimens anthropologiques. Finalement, le musée parvient-il à transformer le trophée de guerre en un objet d’étude ordinaire ?
Felicity Bodenstein, Technische Universität, Berlin Où est Idia ? La reine-mère comme « personne distribuée » ou le destin des masques en ivoire de Benin City pillés en 1897
Les cinq masques en ivoire de la reine-mère Idia (16e siècle) sont sans doute les objets les plus iconiques du butin de plus de 3000 pièces emportés par les troupes de la « mission punitive » britannique qui envahit le royaume de Benin (dans le sud-ouest du Nigéria actuel) en février 1897. Cette présentation met en regard les trajectoires de ces objets dispersés avec les images de la reine-mère Idia qui prolifèrent à Benin City en tant que « substituts » des objets perdus. Il s’agit de faire dialoguer deux manières de percevoir « Idia », grande figure historique de la protection du royaume. L’une se fixe sur les objets matériels singuliers, les artefacts « historiques » ou « authentiques » conservés dans les musées d’Europe et d’Amérique du nord. Elle s’est formée au fil des accumulations successives des significations données à ces objets au gré de leurs déplacements depuis 1897. L’autre est constituée des perceptions locales, régionales et nationales construites autour de la tension entre l’absence de ces pièces et la possibilité de retrouver « Idia » dans la production d’objets et d’images nouvelles.
Marie Cornu Directrice de recherches CNRS à l’Institut des Sciences sociales du Politique (ISP, UMR 7220, ENS Paris Saclay, Université Paris Nanterre, CNRS) Le droit et la restitution des restes humains
Dans l’univers du droit, les restes humains ont un statut particulier. Juridiquement devenus « choses » à la disparition de la personne, ils n’en sont pas moins des choses particulières en ce qu’ils sont revêtus d’une dimension sacrée. En règle générale, les biens sacrés ne sont pas une catégorie juridique du droit contemporain du moins dans un certain nombre de systèmes dont le droit français et contrairement à ce que connaissait le droit romain. Ils sont, en principe librement dans le commerce, ce qu’ont pu confirmer les juges saisis de plusieurs demandes de restitution de ce type de biens (à propos notamment de masques Hopis, propriété collective d’une tribu amérindienne). Les restes humains font cependant exception. Ils doivent être, au sens du Code civil traités avec respect et ne peuvent faire l’objet d’un droit patrimonial (art. 16-1 et suivants du Code civil). Ils sont pourtant intégrés dans nos collections publiques. En réalité, la question de la place des restes humains au musée n’a guère soulevé de questions jusqu’à une époque assez récente. Les demandes contemporaines de retour ou de restitutions ont nourri un débat sur leur singularité au sein des collections et sur la possibilité même de leur appropriation. Le plus souvent, ces demandes concernant des collectes anciennes se heurtent en France au statut des collections publiques (inaliénabilité, imprescriptibilité). La discussion s’est notamment nouée autour d’une initiative de restitution d’une tête de guerrier maori présente dans un musée de France. La ville de Rouen avait pris la décision de la restituer à sa communauté d’origine, se fondant sur le principe de dignité et le respect dû aux morts. Les juges ont censuré cette décision en invoquant précisément le régime de domanialité publique. Le droit civil ne fait pas obstacle à leur situation d’éléments de collection publique soumis au dispositif du Code du patrimoine. Ces biens seraient finalement des biens culturels comme tout autre sous le rapport de leur régime propriétaire, solution critiquée par la société civile et par un certain nombre de parlementaires. Cette forme de déni a conduit à une intervention législative (comme en l’occurrence dix ans plus tôt, dans le cas de la Vénus hottentote). D’autres exemples contemporains questionnent le statut de ces biens et, dans l’espace international, la façon dont peuvent être appréciées des revendications de retour, restitution, rapatriement. Les questions juridiques ne sont, en l’occurrence, pas seules mobilisées dans la réflexion sur la condition des restes humains et leur traitement institutionnel et patrimonial. Fortement déterminées par une dimension éthique, elles doivent aussi être mises en relation avec le ressort de la déontologie.
16h30-17h00 – Conclusion : Sébastian Minchin, Directeur-Conservateur du Muséum d’histoire naturelle de Bourges
ORGANISATION :
Daniel Foliard (Paris Ouest Nanterre)
Lancelot Arzel (Centre d’Histoire de Sciences Po.)
Contact :
dfoliard@parisnanterre.fr
Source de l’information :
https://guerres.hypotheses.org/1590
https://calenda.org/446237
https://twitter.com/DFoliard/status/984028105768685568
Merci à Daniel Foliard d’avoir signalé à la Sfhom cette journée d’étude d’un grand intérêt. -
Paru (peu) récemment The Portuguese and the Straits of Melaka, 1575-1619. Power, Trade and Diplomacy de Paulo Jorge de
Sousa Pinto aux National University of Singapore PressLe 31 juillet 2018 à 17h50
Paru (peu) récemment The Portuguese and the Straits of Melaka, 1575-1619. Power, Trade and Diplomacy de Paulo Jorge de
Sousa Pinto aux National University of Singapore Press (distribué par les University of Chicago Press), 2012, 416 p. ISBN : 978-9971-69-570-5 Prix : 30 $ (existe en version électronique sur Jstor).
Traduit du portugais par RoopanjaliRoy .
"Following the fall of the Melaka Sultanate to the Portuguese in 1511, the sultanates of Johor and Aceh emerged as major trading centers alongside Portuguese Melaka. Each power represented wider global interests. Aceh had links with Gujerat, the Ottoman Empire and the Levant. Johor was a center for Javanese merchants and others involved with the Eastern spice trade. Melaka was part of the Estado da India, Portugal’s trading empire that extended from Japan to Mozambique. Throughout the sixteenth century, a peculiar balance among the three powers became an important character of the political and economical life in the Straits of Melaka. The arrival of the Dutch in the early seventeenth century upset the balance and led to the decline of Portuguese Melaka.
Making extensive use of contemporary Portuguese sources, Paulo Pinto uses geopolitical approach to analyze the financial, political, economic and military institutions that underlay this triangular arrangement, a system that persisted because no one power could achieve an undisputed hegemony. He also considers the position of post-conquest Melaka in the Malay World, where it remained a symbolic center of Malay civilization and a model of Malay political authority despite changes associated with Portuguese rule. In the process provides information on the social, political and genealogical circumstances of the Johor and Aceh sultanates."
portuguese-straits-melaka-toc.pdf
Paulo Jorge deSousa Pinto teaches in Lisbon at the Catholic University of Portugal, where he is a researcher and Member of the Board at the Institute of Oriental Studies. -
Vient de paraître L’empire colonial français De l’histoire aux héritages d’Hubert
Bonin chez Armand ColinLe 30 juillet 2018 à 18h16
Vient de paraître L’empire colonial français De l’histoire aux héritages d’Hubert
Bonin chez Armand Colin, "U - Histoire", 2018, 432 p. ISBN : 9782200623067 Prix : 34 €.
"Entre le XIXe et le XXe siècle, la France s’est affirmée comme une grande puissance coloniale outre-mer (Maghreb, Afrique, Asie) puis a vu disparaître son empire à partir des années 1950. Pendant plus d’un siècle elle a marqué et été marquée par une politique d’expansion profondément inscrite dans son histoire politique, économique et culturelle.
Cet ouvrage aborde les nombreux débats que suscite cette période. Effets de ces politiques en métropole et dans les pays colonisés, organisation, contrôle et exploitation de ces territoires, rapports de la France aux cultures ultramarines, interaction entre colonisateurs et colonisés, gestion de la montée des mouvements d’indépendance… Autant de questions qui éclairent notre histoire contemporaine et montrent le poids d’un héritage toujours vivant où tabous, mémoires, identitarisme et troubles sociétaux n’en finissent pas de faire (re)vivre cette France colonisatrice."
hubert-bonin-empire-colonial-tdm.pdf
vdp-9782200623067-bonin-empire_colonial_francais-vdef.pdf
HubertBonin , historien de l’économie et des mondes coloniaux, professeur émérite d’histoire économique contemporaine à l’Institut d’études politiques de Bordeaux, membre de l’UMR 5113 GRETHA–Université de Bordeaux. Membre du comité de lecteur de la SFHOM, il a longtemps été trésorier de la SFHOM (et secrétaire général).
Florian Louis a été le premier à mettre en ligne l’information sur Twitter (https://twitter.com/flr_louis/status/1023562016781426688?s=03), à propos d’un ouvrage annoncé depuis longtemps ! Félicitations à son auteur ! -
Paru récemment Abolitions as a global experience sous la direction de Hideaki
Suzuki aux National University of Singapore Press (diff UCP)Le 30 juillet 2018 à 18h00
Paru récemment Abolitions as a global experience sous la direction de Hideaki
Suzuki aux National University of Singapore Press (diff University of Chicago Press), 2015, 312 p. ISBN : 978-9971-69-860-7 Prix : 32 $.
"The abolition of slavery and similar institutions of servitude was an important global experience of the nineteenth century. Considering how tightly bonded into each local society and economy were these institutions, why and how did people decide to abolish them ? This collection of essays examines the ways this globally shared experience appeared and developed. Chapters cover a variety of different settings, from West Africa to East Asia, the Indian Ocean and the Caribbean, with close consideration of the British, French and Dutch colonial contexts, as well as internal developments in Russia and Japan. What elements of the abolition decision were due to international pressure, and which to local factors ? Furthermore, this collection does not solely focus on the moment of formal abolition, but looks hard at the aftermath of abolition, and also at the ways abolition was commemorated and remembered in later years.
This book complicates the conventional story that global abilition was essentially a British moralizing effort, “among the three or four perfectly virtuous pages comprised in the history of nations”. Using comparison and connection, this book tells a story of dynamic encounters between local and global contexts, of which the local efforts of British abolition campaigns were a part.
Looking at abolitions as a globally shared experience provides an important perspective, not only to the field of slavery and abolition studies, but also the field of global or world history."
abolitions-susuki-toc.pdf
Contributions by : Hideaki Suzuki, Sue Peabody, Kumie Inose, Isabel Tanaka-Van Daalen, Behnaz A. Mirzai, Ei Murakami, Amitava Chowdhury, Yuriko Yokoyama, Martin A. Klein and Alessandro Stanziani.
Edited byHideaki Suzuki : associate professor at School of Global Humanities and Social Sciences, Nagasaki University and works on Indian Ocean World history and global/world history. -
Vient de paraître The British and the Vietnam War : Their Way with LBJ de Nicholas
Tarling aux National University of Singapore Press pressLe 30 juillet 2018 à 17h31
Vient de paraître The British and the Vietnam War : Their Way with LBJ de Nicholas
Tarling aux National University of Singapore Press (distribuées par les University of Chicago Press), 2017, 462 p. ISBN : 978-981-4722-23-0 Prix : 42 $.
"During the presidency of Lyndon Johnson, the British government sought to avoid escalation of the war in Vietnam and to help bring about peace. The thinking that lay behind these endeavours was often insightful and it is hard to argue that the attempt was not worth making, but the British government was able to exert little, if any, influence on a power with which it believed it had, and needed, a special relationship. Drawing on little-used papers in the British archives, Nicholas Tarling describes the making of Britain’s Vietnam policy during a period when any compromise proposed by London was likely to be seen in Washington as suggestive of defeat, and attempts to involve Moscow in the process over-estimated the USSR’s influence on a Hanoi determined on reunification."
NicholasTarling (1931–2017) was Professor of History at the University of Auckland (1968–97) and a Fellow of its New Zealand Asia Institute. He was the editor of The Cambridge History of Southeast Asia and wrote nearly 50 books and a large number of articles on the region. His recent publications include Britain, Southeast Asia and the Impact of the Korean War, a cold war trilogy (The British and the Vietnam War : Their Way with LBJ, Britain and the Neutralisation of Laos, Britain and Sihanouk’s Cambodia), and Orientalism and the Operatic World.
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Vient de paraître Decolonisations compared. Central America, Southeast Asia, the Caucasus de Nicholas
Tarling chez Palgrave MacmillanLe 30 juillet 2018 à 17h11
Vient de paraître Decolonisations compared. Central America, Southeast Asia, the Caucasus de Nicholas
Tarling chez Palgrave Macmillan, coll. "Cambridge Imperial and Post-Colonial Studies Series", 2017, XI-135 p. ISBN : 978-3-319-53648-4 Prix : 69,99 $ (existe aussi en version électronique).
"This book offers an analysis of the decolonisation process across three different regions around the world : Central America, Southeast Asia and the Caucasus. It explores how the nature of previous imperial systems shaped the nation states that were created in their stead. By outlining these contrasting historical trajectories, this short study argues that the stability of these nation states and their ability to cooperate with one another are dependent on the acceptance of the frontiers established by the previous imperial powers. It moves from Central America, left in the early nineteenth century without any clear borders and which has suffered much inter-state tension ever since, to Southeast Asia, whose clear colonial delineations have been accepted in the post-colonial order, and finally to the Caucasus where the arbitrary boundaries of the Soviet Republics have not easily translated into nation states. Offering a concise comparison of decolonisation in three regions, this book will be of particular interest to students of history, politics and international relations."
decolonisations-compared-toc.pdf
NicholasTarling (1931–2017) was a Fellow of the New Zealand Asia Institute at the University of Auckland, New Zealand. He has published a large number of books, mostly on Southeast Asia, and is editor of The Cambridge History of Southeast Asia. His most recent book is The British and the Vietnam War : their way with LBJ (2017).
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Notre collègue Henri Moniot vient de nous quitter (article mis à jour)
Le 27 juillet 2018 à 17h05
Henri Moniot est décédé à Dijon, le 3 avril 2017, avec sa discrétion habituelle.
Agrégé d’histoire, il avait choisi de rejoindre l’Université Paris 7 dès son origine (à partir de l’ex-Sorbonne). Il a joué un très grand rôle dans notre université Paris-Diderot, de son arrivée en 1970 à son départ en retraite, à la veille de l’année 2000, aussi bien en histoire africaine qu’en didactique des disciplines à laquelle il a consacré une partie efficace de sa carrière...Catherine Coquery-Vidrovitch
La suite de l’article ci-dessous, dans le fichier pdf
henri_moniot_ccv_revu_bonin.pdf
Bibliographie de et sur Henri Moniot :
– Catherine Coquery-Vidrovitch et Henri Moniot, L’Afrique noire de 1800 à nos jours, PUF, "Nouvelle Clio", 1974, 5e éd. 2005, CIX-391 p.
– Henri Moniot, Les civilisations de l’Afrique, Casterman, coll. "L’Histoire des hommes", 1987, 77 p.
– Henri Moniot, Didactique de l’histoire, Nathan, coll. "Perspectives didactiques", 1993, 254 p.
– Henri Moniot et Maciej Serwański (eds.), L’histoire en partage 1. Le récit du vrai : questions de didactique et d’historiographie, Nathan, 1994, 167 p.
– Henri Moniot et Maciej Serwański (eds.), L’explication en histoire : Problèmes historiographiques et didactiques. Actes du colloque polono-français Poznań, 19-22 septembre 1995, Instytut Historii UAM, 1996, 165 p.
Henri Moniot et Maciej Serwański (eds.), L’histoire et ses fonctions. Une pensée et des pratiques au présent, L’Harmattan, 2000, 212 p.
Marie-Christine Baquès, Annie Bruter, Nicole Tutiaux-Guillon (eds.), Pistes didactiques et chemins d’historiens. Textes offerts à Henri Moniot, Paris, L’Harmattan, 2003, 380 p
– Henri Moniot a coordonné avec Annie Bruter et avec le concours de Pierre Kerleroux le dossier de la revue Historiens & Géographes en deux parties sur « la Didactique de l’Histoire », n°394 et 396 (2006).
Henri Moniot a aussi, entre autres, écrit l’introduction, sous le titre suggestif "Faire du Nora sous les tropiques ?", de l’ouvrage Histoire d’Afrique. Les enjeux de mémoire, dirigé par Jean-Pierre Chrétien et Jean Louis Triaud, Karthala, 1999, 504 p. (merci à Catherine Coquery-Vidrovitch pour cette mention précieuse !)
On consultera avec intérêt la page consacrée au décès d’Henri Moniot sur le site de l’APHG :
https://www.aphg.fr/Hommage-a-Henri-Moniot-1935-2017
Article mis en ligne le 15 mai 2017 et mis à jour le 27 juillet 2018 (ajout de la bibliographie).
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Paru récemment Seeking Imperialism’s Embrace. National Identity, Decolonization, and Assimilation in the French Caribbean Kristen
Stromberg Childers aux Oxford UPLe 26 juillet 2018 à 17h31
Paru récemment Seeking Imperialism’s Embrace. National Identity, Decolonization, and Assimilation in the French Caribbean Kristen
Stromberg Childers aux Oxford University Press, 2016, 288 p. ISBN : 9780195382839 Prix : 56 £ (existe aussi en version électronique).
"In 1946, at a time when other French colonies were just beginning to break free of French imperial control after World War II, the people of the French Antilles—the Caribbean islands of Martinique and Guadeloupe—voted to join the French nation as departments (Départments d’outre mer, or DOMs). For Antilleans, eschewing independence in favor of complete integration with the metropole was the natural culmination of a centuries-long quest for equality with France and a means of overcoming the entrenched political and economic power of the white minority on the islands, the Békés. Disappointment with departmentalization set in quickly, however, as the equality promised was slow in coming and Antillean contributions to the war effort went unrecognized.
In analyzing the complex considerations surrounding the integration of the French Antilleans, Seeking Imperialism’s Embrace explores how the major developments of post-WWII history—economic recovery, great power politics, global population dynamics, the creation of pluralistic societies in the West, and the process of decolonization—played out in the microcosm of the French Caribbean. As the French government struggled to stem unrest among a growing population in the Antilles through economic development, tourism, and immigration to the metropole where labor was in short supply, those who had championed departmentalization, such as Aimé Césaire, argued that the "race-blind" Republic was far from universal and egalitarian. Antilleans fought against the racial and gender stereotypes imposed on them and sought both to stem the tide of white metropolitan workers arriving in the Antilles and also to make better lives for their families in France.
Kristen Stromberg Childers argues that while departmentalization is often criticized as a weak alternative to national independence, the overwhelmingly popular vote among Antilleans should not be dismissed as ill-conceived. The disappointment that followed, she contends, reflects more on the broken promises of assimilation rather than the misguided nature of the vote itself."
stromberg-childers-seeking-toc.pdf
KristenStromberg Childers is Associate Professor of History at Eastern University.
Grand et amical merci à Julie d’Andurain, notre collègue de la Sfhom, pour le signalement de cette précieuse publication !
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Vient de paraître le dossier "Le port de Honfleur. De l’émergence aux conflits contemporains" dans la revue des Annales de Normandie
Le 25 juillet 2018 à 17h46
Vient de paraître le dossier "Le port de Honfleur. De l’émergence aux conflits contemporains" dans la revue des Annales de Normandie, 1e semestre 2018 (68e année), 212 p. ISBN : 9782902239399 Prix : 20 €.
(35 € pour l’abonnement annuel, 15 € pour les étudiants) : à commander à l’adresse suivante : annalesdenormandie@gmail.com
La revue Annales de Normandie est disponible de manière électronique sur Cairn.info.
Ce dossier correspond aux actes de la Journée d’étude du PEMAR (Pôle Espaces MARitimes, sociétés littorales et interfaces portuaires) ’Le port de Honfleur - De l’émergence aux défis de l’ère industrielle’ (Honfleur, Mercredi 7 juin 2017), dirigée par Éric Saunier.
"Il est rare de voir une revue choisir une ville comme sujet d’un numéro thématique, tout du moins dans le champ de l’histoire. La difficulté longtemps éprouvée par les historiens de trouver une voie distinguant véritablement l’étude des sociétés urbaines de l’histoire sociale générale en est la raison principale. Cependant, l’évolution de l’histoire urbaine se caractérise depuis trente ans par un renouveau historiographique qui, par deux de ses aspects, incitaient à faire ce choix s’agissant d’une ville portuaire maritime comme Honfleur.
Le premier aspect, particulièrement observable depuis la publication de l’étude pionnière de François-Joseph Ruggiu, est l’attention croissante que portent les chercheurs à l’étude des « villes moyennes ». En s’intéressant à ce port peuplé de moins de 10 000 habitants au début du xixe siècle, les Annales de Normandie prolongent ainsi un chantier qui a été non seulement récemment investi par les chercheurs qui s’intéressent aux villes portuaires de la côte atlantique mais aussi par des historiens normands ayant présenté les résultats de leurs travaux dans des numéros antérieurs de cette revue.
Toutefois, plus que dans l’attrait de l’historiographie pour l’étude des villes moyennes, l’intérêt du cas de Honfleur réside surtout dans la possibilité de nourrir la réflexion sur la « ville maritime » qui a été développée depuis la fin des années 1980. Érigée en modèle, la « ville maritime » est jugée porteuse d’une singularité qui s’exprime, d’une part, dans la primauté qu’y exercent les fonctions de direction et d’organisation des échanges et, d’autre part, dans la complexification sociétale croissante qui accompagne son développement économique, notamment à partir de l’époque moderne. Dans le cadre d’un regard critique porté sur ce modèle urbain, Honfleur permet même une réflexion sur la notion connexe mais plus précise de « ville atlantique ». On sait en effet que l’historiographie française développe depuis vingt ans un travail de réflexion conceptuelle important sur la particularité prêtée aux villes de la façade atlantique, une particularité qui résiderait dans la présence d’une élite négociante disposant d’un réseau international inégalé, d’un urbanisme marqué par la précocité de l’affirmation des quartiers maritimes, d’une forte propension à s’ouvrir aux étrangers et à voir émerger des troubles sociaux. En raison de sa position géographique, Honfleur peut donc être le prisme pour une étude de « global microhistory » caractéristique des études atlantiques permettant de mesurer la pertinence de cette proposition.
C’est cette perspective qui est d’ailleurs au centre de ce numéro qui fait suite à la journée d’études organisée le 7 juin 2017 à la médiathèque de Honfleur, à l’initiative des membres du pôle maritime (PEMAR) de la Maison de la Recherche en Sciences Humaines de l’université de Caen Normandie, et dans le cadre du travail préparatoire du programme de recherche Normonde que soutient la région Normandie depuis la fin 2017. Parce que Normonde et les axes de recherche de PEMAR ont respectivement pour thèmes d’études principaux les échanges entre la Normandie et le monde colonial et l’analyse de la structuration et de l’influence des échanges maritimes, la moitié des textes de ce dossier honfleurais est destinée à mettre en évidence la dynamique provoquée par l’intégration du port de Honfleur dans les circuits maritimes atlantiques. Néanmoins, il était nécessaire de commencer ce volume par des contributions présentant l’émergence du port et l’affirmation du pouvoir royal, conditions nécessaires pour que Honfleur tienne un rôle de premier plan dans les entreprises d’exploration et dans le développement des échanges commerciaux atlantiques. De l’étude portant sur l’émergence du port de Honfleur entre le xie et le xiiie siècle replacée dans l’espace géographique de la rive gauche de l’embouchure de la Seine en aval de Quillebeuf (Laurence Jean-Marie), on retiendra autant que l’affirmation du pouvoir des seigneurs de cette ville (les Bertran), le caractère originellement modeste de l’activité d’un port dont seuls quelques bateaux contribuèrent à la flotte engagée lors de la bataille de l’Écluse au début de la guerre de Cent Ans (1340). Cette guerre joua cependant un rôle décisif dans l’affirmation précoce de Honfleur comme port d’exploration et de commerce de rang international en raison de la mainmise exercée durant cette période par le pouvoir royal. C’est en effet peu après la fin du conflit lors duquel elle en fit la clé de garde du royaume (Nathalie Pallu de La Barrière) que Honfleur, comme le montre l’expédition organisée dès 1483 par Georges Bissipat dit le Grec, devient le point de départ pour l’exploration des îles de l’Atlantique sud (Christophe Maneuvrier), puis un port d’importance pour la construction navale, activité dans laquelle les Honfleurais surent faire preuve d’esprit d’innovation, notamment au début du xviie siècle (Michel Daeffler). Cette évolution allait leur permettre de participer activement au développement de la pêche vers les bancs de Terre-Neuve et la côte du Canada qui fut à la fois une aventure incertaine et une source d’apports financiers considérables (André Zysberg). Ce sont aussi l’esprit d’initiative et l’enrichissement provoqués par la dynamique atlantique qui poussent les Honfleurais à investir d’autres horizons à partir du xviie siècle. Sans que la pêche morutière soit abandonnée, le port de Honfleur participe en effet activement au commerce antillais, en droiture et pour la traite négrière. Dans la perspective du développement de « l’odieux commerce », le voyage de la Mine, étudié au moment où la traite normande atteint son paroxysme (Paul Maneuvrier-Hervieu) montre, outre l’intérêt de sensibiliser les chercheurs aux apports de sources encore insuffisamment exploitées (les journaux de bord), que Honfleur, qui parvint à se hisser au 5e rang des ports de traite français à la veille de la Révolution, est un port négrier de plein exercice où armateurs et capitaines géreurs mettent en place des stratégies personnelles en fonction de leurs propres intérêts.
Port important pour le commerce colonial et où la pêche morutière lointaine gardait de solides positions, Honfleur avait vu ainsi le commerce atlantique devenir le moteur de sa dynamique économique. Il était donc légitime de regarder, la Révolution arrivant, les conséquences de cette évolution sur le plan de la vie politique. C’est ce que fait Michel Biard en analysant les registres de la société populaire de Honfleur. Il montre la forte influence de la parole des officiers de marine et des négociants dans la société, de même que la capacité des pêches et du commerce à accaparer l’esprit des Jacobins de la ville qui, à partir de 1793, s’inquiètent aussi de la guerre avec l’Angleterre. Si cette crainte semble s’être atténuée à partir du xixe siècle, l’influence de la fonction maritime internationale de Honfleur demeure et continue même à irriguer le champ du politique. Honfleur fut est en effet une place portuaire pour le trafic d’armes destiné aux républicains durant la guerre d’Espagne (Pierre Salmon). En restituant cette page d’histoire méconnue, le dernier texte de ce dossier témoigne du fait que, cinq siècles après avoir été l’un des premiers ports d’où partaient les expéditions destinées à mettre fin au monopole du Portugal dans le commerce en Afrique, Honfleur, qui était devenu un port de refuge de l’illégalité, restait une ville importante méritant l’attention des chercheurs." (Éric Saunier)
honfleur_-tdm_an-68-1.pdf
Nous tenons à saluer chaleureusement Christophe Maneuvrier (https://twitter.com/Maneuvre) pour le signalement de ce numéro de la revue Annales de Normandie (https://twitter.com/AnnalesNdie) (https://www.facebook.com/pg/annalesdenormandie2/) et pour nous avoir communiqué la table des matières de ce numéro.
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Vient de paraître La mémoire de l’esclavage. Traces mémorielles de l’esclavage et des traites dans l’espace atlantique sous la direction de Lawrence
Aje et NicolasGachon chez L’HarmattanLe 25 juillet 2018 à 15h33
Vient de paraître La mémoire de l’esclavage. Traces mémorielles de l’esclavage et des traites dans l’espace atlantique sous la direction de Lawrence
Aje et NicolasGachon chez L’Harmattan, coll. "Chemins de la Mémoire. Série Recherche historique/Généralités", 2018, 266 p. ISBN : 978-2-343-15137-3 Prix : 26,50 € (existe aussi en version numérique).
Cet ouvrage correspond aux actes du Colloque international "Traces et mémoires de l’esclavage dans l’espace atlantique" - International Conference ’Traces and memories of Slavery in the Atlantic World" (Montpellier, 1-2 décembre 2016).
"Le traumatisme culturel de l’esclavage comme structurant, voire comme fondateur d’identités individuelles ou collectives, a récemment fait l’objet d’un intérêt croissant. Le présent ouvrage apporte une contribution significative à la recherche en ce qu’il interroge plus particulièrement la façon dont les descendants de populations asservies reconstruisent l’histoire de leurs ancêtres dès lors que l’esclavage pratiqué dans le cadre de la traite transatlantique figure parmi les paramètres des processus mémoriels. Il examine les fondements, les mécanismes et l’étendue de ces processus, explore une réalité de l’esclavage adossée à la mémoire humaine, à la (re)construction de mémoires individuelles, collectives ou familiales transmises de génération en génération. Les chapitres successifs évaluent les effets de redistribution culturelle, politique et symbolique que produisent les phénomènes de commémoration, de muséification et de patrimonialisation de la mémoire de l’esclavage.
Ce faisant, ils analysent les contraintes que suppose l’insertion de cette histoire sensible dans l’espace public et montrent à quel point la demande sociale, notamment dans le cadre de revendications de devoirs de mémoire, peut influencer la production de la connaissance historique et donner lieu à des conflits de mémoires. Le prisme est celui d’une réflexion sur les multiples modalités de mise(s) en récit(s) personnelle(s) ou publique(s) de la mémoire de l’esclavage et de la traite atlantique."
memoire-esclavage-tdm.pdf
LawrenceAje est maître de conférences en civilisation américaine à l’Université Paul Valéry, Montpellier 3. Spécialiste d’histoire africaine-américaine, ses recherches portent principalement sur l’esclavage aux États-Unis, notamment sur les processus de mémorialisation et de mise en récit historique de cette histoire. Il s’intéresse également aux phénomènes de migration et de circulation des libres de couleur aux États-Unis et dans le monde atlantique au XIXe siècle.
NicolasGachon est maître de conférences en civilisation américaine à l’Université Paul Valéry, Montpellier 3. Il a occupé diverses fonctions universitaires et diplomatiques en France et en Amérique du Nord. Natif de Dakar et descendant d’une famille métisse goréenne et saint-louisienne, il conduit des recherches sur le monde atlantique et sur les occupations britanniques de Gorée et de Saint-Louis.
Nous tenons à remercier amicalement et chaleureusement Nicolas Gachon, pour nous avoir communiqué cette information tant précieuse !
















